Publication au milieu du coronavirus en France : Nous ne voulons pas paniquer

Dans le cadre des restrictions COVID-19 étendues, les sociétés d’édition françaises sont aux prises avec des problèmes de salaires et de paiements, de calendrier de sortie des livres et d’options numériques.

Note de la rédaction : dans les cas confirmés de COVID-19, les chiffres du Johns Hopkins Coronavirus Resource Center à l’heure actuelle montrent que la France se situe au sixième rang des 171 pays dans lesquels la présence du virus a été détectée (après les États-Unis, l’Italie, l’Espagne, la Chine et l’Allemagne). A l’heure actuelle, 45 171 cas sont enregistrés en France, avec 3 030 décès. Les décès de lundi (30 mars) ont été les pires jamais enregistrés en une journée, atteignant 418 dans ce pays de quelque 67 millions d’habitants. Comme Fabrice Piault le rapporte aujourd’hui à “Livres Hebdo”, entre le 18 et le 27 mars, les 10 premiers jours d’enfermement national, l’industrie française a reporté 5 236 nouvelles sorties et nouvelles éditions initialement prévues pour le printemps. La moitié de ces titres reportés n’ont pas de nouvelles dates. -Porteur Anderson

Quand les verrouillages COVID-19 figent un marché


Si l’industrie de l’édition est comme une famille mondiale, cela n’a jamais été aussi évident qu’aujourd’hui, au milieu de la pandémie surréaliste et mondiale de COVID-19. La France – comme d’autres marchés comme la Chine, l’Italie, l’Espagne, le Royaume-Uni et certaines régions des États-Unis – continue de se débattre avec l’impact des mesures de verrouillage sur les mouvements de citoyens et le commerce national.
Le verrouillage national français a été imposé le 17 mars, puis prolongé de 15 jours le vendredi 27 mars, jusqu’au 15 avril.

Les décisions relatives à la gestion des salaires et des paiements sont prises différemment par les librairies et les éditeurs, en fonction principalement de leur taille et de leur indépendance.

Les entreprises plus petites et indépendantes ont tendance à mettre leurs employés au chomage technique ou chomage partiel – deux termes qui se traduisent par un chômage partiel. Cette pratique est réservée aux situations exceptionnelles dans lesquelles le contrat d’un employé est suspendu. L’employé reçoit de l’entreprise environ 70 % de son salaire normal. Dans ces cas, l’entreprise est aidée par le gouvernement.

La maison d’édition indépendante de taille moyenne Actes Sud a choisi cette voie, tout comme certaines divisions de la société familiale Madrigall, la holding de Gallimard.

De grands groupes d’édition tels que Editis (Vivendi) et Hachette Livre (Lagardère) ont décidé de faire travailler leurs employés à domicile en leur versant un salaire complet, bien que certaines imprimeries encouragent les travailleurs à prendre leurs vacances maintenant, afin d’assurer leur présence une fois que l’entreprise aura repris ses activités. Selon plusieurs membres du personnel des imprimeries Editis, ils seront au chômage partiel en avril.

Et pour beaucoup de petites entreprises indépendantes, deux à trois mois de pertes peuvent créer une situation de rupture.

Le rythme des publication des livres

La France compte environ 3 300 librairies indépendantes, mais la vente de livres reste une activité risquée avec des réserves de trésorerie limitées. Un certain nombre de magasins vont souffrir financièrement. La plupart des grands éditeurs ont accepté de rééchelonner leurs paiements aux librairies, et leur rembourseront immédiatement les retours. Mais les petits éditeurs indépendants seront eux-mêmes à court de liquidités.

“Je suis très inquiet”, déclare un éditeur de livres d’art. Elle parle sous réserve d’anonymat car sa presse appartient en partie à l’un des plus grands éditeurs indépendants. Si cet éditeur-propriétaire se trouve dans une situation financière difficile et est racheté par un des grands groupes français, l’avenir de sa société sera extrêmement compromis, dit-elle.

Elle et ses employés sont au chômage partiel mais travaillent dans leurs appartements à Paris, ce qui est paradoxal, selon elle. Le plus gros de son travail consiste à reprogrammer les événements de lancement de livres. “Les librairies nous supplient de ne pas sortir trop de livres”, dit-elle, “et de limiter les sorties au printemps et à l’été afin de pouvoir vendre ce qu’elles ont déjà en stock.

“La question est de savoir ce qu’il faut reporter à septembre – qui est déjà surchargé – et ce qu’il faut annuler”.

Comme le savent les lecteurs de Perspectives Éditionnelles, la surproduction de livres est un problème depuis des années sur le marché français comme sur d’autres, et la situation actuelle ne fait que l’aggraver.

De nombreux titres d’un éditeur de livres d’art sont liés à des expositions et des festivals culturels et leur production est souvent financée par des musées et d’autres institutions.

“Même si nous sortons de l’isolement à la mi-mai”, dit l’éditeur, “le gouvernement permettra-t-il à des événements tels que le festival de photographie d’Arles [de juin à septembre] ou le festival de théâtre d’Avignon [en juillet] d’avoir lieu ?